22 avril 2009

Notes prises lors de la rencontre avec Jean Douchet le 10 avril

De l’IDHEC à la Fémis : une histoire de statut

 

Ce qui changeait tout, à l’époque de l’IDHEC, c’est que tout le monde était officiellement « réalisateur », même si on sait que ce n’était pas vrai. Il y avait juste une « option montage », une « option prise de vues »… Mais ça ne doit plus être possible avec le statut de grande école.

 

Avoir bac+2 au concours est une nécessité à la Fémis à cause du diplôme équivalent à bac+5. Est-ce qu’il fallait avoir bac+2 à l’IDHEC (ce qui n’est pas exactement la même chose que d’avoir 20 ans) ? Probablement. Truffaut, Garrel, Beauvois n’auraient pas pu passer l’IDHEC : ils n’ont jamais eu de diplôme. Le diplôme, au fond, on s’en fout. Mais là encore, c’est à cause du statut de grande école.

 

L’idée du passage de l’IDHEC à la Fémis, c’était justement de passer du statut d’école à celui de grande école, ce qui supposait de remplir un certain nombre de critères. Jack Gajos a bien lancé la Fémis, mais il a dû se plier au statut de grande école.

 

Vous êtes des adultes, le temps de l’école scolaire, c’est fini. Vous arrivez ici avec des désirs. Comment faire fonctionner ces désirs ? Comment ne pas subir la pesanteur de la structure réglementaire, des statuts, des impératifs ? Il faut pouvoir discuter en adultes avec la direction des études. Je crois que vous pouvez lui faire confiance. Il est tout à fait logique et nécessaire que vous participiez à l’élaboration de la pédagogie – sans tomber dans la démagogie qui consisterait à vous l’abandonner entièrement. Ca vous donnera un poids que vous n’avez pas. Et ça fera passer un courant entre vous.

 

Contre la départementalisation : la circulation

 

Vous avez le droit d’exiger le meilleur du système, notamment les meilleurs de la profession – qui, soyez-en certains, ont envie de venir un jour ou l’autre –, et non pas toujours les mêmes. Il faut faire tourner les intervenants, les faire venir un jour, un mois, trois mois, en fonction avant tout de leur disponibilité et de leurs propositions, et non pas des exercices.

 

Le concours est déjà trop conditionné par la départementalisation, dont le danger est le blocage de chaque département dans son système. Pas assez de circulation. Or le cinéma, c’est l’art de la circulation.

 

Les directeurs de département attitrés, ce n’est pas une bonne idée. A l’IDHEC, on refusait que quelqu’un ait une attribution de poste. Le risque, c’est l’ossification. Ca devient l’école dans toute son horreur : fixité, règles, exercices. Oui, on peut faire des exercices, mais librement. Vous avez des directeurs de département compétents, ce n’est pas la question, mais il faut externaliser ces postes.

Par exemple, l’analyse est trop dépendante d’une seule personne. La compétence d’Alain Bergala n’est pas en cause. Mais à une époque, quatre personnes s’en occupaient en même temps : Jean Douchet, Jean Narboni, Charles Tesson et Gérard Legrand (pour qu’une mouvance Positif ait son mot à dire face à la suprématie des Cahiers…) : pour étudier un même film, les étudiants se divisaient en groupes.

 

A l’IDHEC

 

J’avais créé un exercice, « 30 secondes ». On m’était tombé dessus : vous voulez former des publicitaires, des suppôts du grand capital ! Mais l’idée, c’était : comment raconter quelque chose en très peu de temps ?

 

Et à l’entrée dans l’école, il y avait les « films-tracts » : sans formation technique, qu’a-t-on dans le ventre ?

 

A un moment, il y a eu l’apparition de deux formes de désir de cinéaste : la voie Desplechin et la voie Krawczyck, pour simplifier. Le but du deuxième, c’était de pouvoir aller voir des producteurs avec une démonstration de solide savoir-faire. Krawczyck a attiré beaucoup de mépris en appliquant scrupuleusement le découpage du Faucon maltais à une nouvelle de Woody Allen !

 

Il faut se battre

 

Qu’est-ce qui a fait la force des Cahiers à leurs débuts ? La mauvaise foi ! Il faut que vous soyez une école de combat, de combats esthétiques, de pour et de contre.

 

L’école n’est qu’un moyen pour devenir ce que vous voulez être : sachez ce que vous voulez ! Parce qu’on n’a pas besoin d’école pour faire du cinéma.

Posté par etats genereux à 23:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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