09 avril 2009

Message de soutien de Jacques Fraenkel, ancien directeur des études de La fémis

Aux élèves de la Femis,
J’ai lu votre texte avec d’autant plus de plaisir que je l’attendais depuis longtemps et m’étonnais de votre silence. J’ai été le premier directeur des études de cette école, viré pour ne pas avoir admis les tricheries du concours, pour ne pas avoir accepté le fatal enlisement dans un enseignement académique. Ne voyez pas dans ce courrier quelque amertume sur mon propre sort, mais la marque de mon intérêt indéfectible pour votre école dont j’ai constaté, comme vous, le déclin.

Que peut être une école de cinéma sinon un lieu de rencontres, où se retrouvent élèves et cinéastes professionnels généreux de leurs expériences ? J’emploie à dessein le mot de « professionnels » facilement décrié par J.-L. G., faute d’en avoir trouvé de meilleur. Car c’est bien ça, si vous consentez à donner trois ans de votre vie à suivre un enseignement, alors que le compagnonnage vous offre ses illusions, c’est que vous voulez profiter de l’expérience professionnelle de vos aînés. Je comprends votre désappointement si vous ne parvenez pas à les rencontrer, si cet échange n’a pas lieu.

Qui vous propose quoi ? Un groupe d’individus sans autres compétences qu’administratives dirige cette école. Il recrute, ou consacre, une équipe pédagogique usée, éloignée de toute réalité de la production cinématographique actuelle et qui prétend vous apprendre « deux ou trois choses qu’ils savent d’elle » ?

Comment peut-on diriger la pédagogie d’une école de cinéma si l’on n’a pas au moins une fois dans sa vie commandé « moteur ! » avec les conséquences définitives que cela comporte ? Comment peut-on décider d’être directeur de département à vie sans vouer son propre département à un mortel ennui ? Comment peut-on vous dire pourquoi il serait plus intéressant de passer d’un plan large à un gros plan si depuis longtemps on ne fait, au mieux, que des plans moyens ? Comment peut-on vous faire entendre qu’un personnage demeure muet lorsque le moindre de ses propres dialogues n’est plus jamais interprété ? Comment peut-on vous proposer de réaliser vos idées si l’on n’a jamais que platement usé de celles des autres ? Comment peut-on vous engager à filmer le réel si l’on en est soi-même éloigné ? La liste est longue des exemples de ces carences qui vous sont infligées, vous les connaissez mieux que moi et vous avez raison de ne plus les accepter.

Je ne doute pas, car c’est une des belles traditions du cinéma, que ceux qui en exercent aujourd’hui les métiers, ne soient prêts à vous faire partager leurs expériences, n’hésitez donc pas à faire appel à eux, à balayer ceux qui vous submergent de leurs poussières et vous tiennent à distance d’un cinéma auquel ils ne sont plus en état de participer si tant est qu’ils le furent jamais.

Vous êtes venus à la Femis pour apprendre à faire des films, pour participer à des films, pour faire des films. Si on vous le refuse, exigez-le, c’est votre droit absolu que seule une Direction paralysée par ses ambitions personnelles aussi bien qu’éloignée de toute vision créatrice dédaigne. Le cinéma n’attend rien de vos directeurs, il attend tout de vous. Ne le décevez pas.

Courage ! Faire des films, à quelque poste que ce soit, est un perpétuel combat, le votre commence.

Jacques Fraenkel

Posté par etats genereux à 12:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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