02 avril 2009

Texte destiné au Comité de Soutien

« Les petits cons de la Femis… Je ne dis pas que tous les élèves de la Femis sont des petits cons.
Mais c’est difficile quand on vous forme à être un bon petit soldat. »

(Jean-Marie Straub)

 

 

Parce que la Femis n’est pas l’armée, parce que la Femis se veut une école de cinéma, parce que la Femis en vaut encore le coup, nous avons décidé le lundi 23 mars 2009 de nous arrêter pour réfléchir sur notre école et de nous battre afin d’en faire un vrai lieu de rencontre, de partage, de réflexion, d’ouverture et surtout de création cinématographique.

Dans la France d’aujourd’hui, où d’intenses luttes sociales s’opposent à un pouvoir arrogant, la créativité et la pensée semblent devenues suspectes. Or, depuis des années, la Femis contribue, consciemment ou pas, à cet état des choses. Elle est devenue une institution qui se noie dans son administration lourde et l’autosatisfaction de son fonctionnement bien rodé.

 

L’extrait d’un audit réalisé à la Femis en novembre 1999 pointait déjà le problème : « C’est comme si la culture propre au milieu du cinéma avait déteint sur l’école et c’est évidemment l’effet inverse qu’il faudrait atteindre. » Le corporatisme, la hiérarchie, l’incompétence de décisionnaires qui favorisent l’efficacité et le conformisme plutôt que l’originalité se retrouvent dans notre école. Refusant cette fatalité, nous souhaitons briser cet état des choses.

Nous entrons dans cette école avec des envies de cinéma, nous en sortons avec une impression de gâchis. Nous ne voulons bien sûr pas nous dédouaner entièrement de la responsabilité des films que nous faisons. Reste que cette école est une vieille machine ronronnante où surtout rien ne doit changer, où les cahiers des charges des exercices imposés ne sont pas des contraintes propres à stimuler l’inventivité, mais des oeillères, des verrous. La tension entre contrainte et liberté qui est le propre de la création et sur laquelle une école d’art nous semble tout de même tenue d’avoir des idées, n’est soutenue par aucune pensée. La Femis devrait favoriser les expérimentations et les prises de risque, au lieu de cela elle les inhibe.

Faisons de cette école un laboratoire de nouveaux supports, de nouveaux processus de fabrication du cinéma, et donc de nouvelles formes.

Las de réclamer sans cesse de petites réformettes, nous nous sommes rendus compte de l’importance de revoir les fondements de cette école. Depuis 10 jours, nous avons mis en chantier des réflexions sur la structure même de la Femis. Des réformes profondes doivent être prises pour que le collectif prenne le pas sur un apprentissage qui favorise actuellement l’élitisme, le cloisonnement des départements et l’individualisme.

Nous dénonçons l’autocratie en place qui a main-mise sur les décisions administratives et pédagogiques. Aujourd’hui, un contre pouvoir est né, représenté par les élèves de la Femis, et nous demandons à ce que l’équilibre entre les directions soit rétabli.

Nous demandons que la pensée du cinéma soit remis au centre de cette école, souhaitant laisser plus de place aux cinéastes dans l’élaboration de projets pédagogiques.

Nous voulons redonner envie aux personnes de l’extérieur de venir à la Femis, par le biais de cartes blanches, de résidences, d’un festival, d’un lieu plus chaleureux et accueillant.

Nous voulons une ouverture des locaux et du matériel à des cinéastes et productions externes. Que la Femis cesse d’être la tour d’ivoire qu’elle est devenue.

Nous voulons une revalorisation du statut des intervenants professionnels : que les heures passées sur les tournages de la Femis puissent être pour eux des heures d’intermittence (ce qui n’est pas le cas actuellement ! étrange paradoxe pour une école qui forme de futurs intermittents…), que l’intervenant soit à l’initiative de l’exercice qu’il anime, au lieu de se contenter du suivi d’un cahier des charges établi par avance par la direction.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, nous avons besoin d’échanger avec vous sur ce que pourrait être la Femis de demain. Nous vous invitons à venir nous rencontrer pour exprimer vos idées, vos accords, vos désaccords. Nous avons le privilège de pouvoir faire du cinéma dans cette école, c’est pourquoi nous considérons comme notre devoir de la repenser, mais il nous semble fondamental de le faire avec ceux qui pratiquent et pensent cet art.

Les Etats Généraux de la Femis

Posté par etats genereux à 19:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Texte destiné au Comité de Soutien

    Art et combat politique

    Bravo pour votre lucidité et votre courage d'aborder sur la place publique enfin certaines omertà.

    « C’est comme si la culture propre au milieu du cinéma avait déteint sur l’école et c’est évidemment l’effet inverse qu’il faudrait atteindre. » Cette jolie paraphrase, écrite en 1999, mérite encore aujourd'hui toute notre attention.

    Posté par OldShark, 03 avril 2009 à 09:46 | | Répondre
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